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DES PROJETS INTERNATIONAUX

L'UMR Tetis participe à de nombreux projets de coopération internationale mettant à contribution ses domaines d'expertise et d'excellence : la modélisation territoriale et spatiale, le développement durable, la sécurité alimentaire, etc.

 

VISAGE
Vers l’Identification par Satellite des Acquisitions foncières à Grande Echelle

Descriptif du projet

Ces dix dernières années ont vu se multiplier des acquisitions de terre à grande échelle par des entreprises privées ou des états (Land Matrix, 2017).
Ces phénomènes résultent de l’augmentation de la demande en biocarburant – liée à celle des prix du pétrole - et de l’augmentation de la demande alimentaire liée à l’accroissement de la population mondiale et aux changements des régimes alimentaires. Si ces processus de concentration foncière sont observables un peu partout dans le monde, les pays africains sont les plus concernés.
A l’échelle du continent, les terrains acquis par des investisseurs (étrangers ou locaux) dans cette région du monde se comptent en millions d’hectares (LAND MATRIX, 2017). Ces phénomènes très controversés soulèvent de nombreuses questions concernant les modèles de production, les droits des populations, la gouvernance des ressources, et sont souvent à l’origine de conflits avec les populations locales.
Les articles scientifiques se multiplient pour décrire et caractériser l’acquisition de terre à grande échelle, mais ces études sont locales et ne permettent pas d’avoir une vision globale du phénomène (Oya, 2013) . Deux initiatives ont récemment entrepris d’évaluer l’amplitude globale de ce phénomène, GRAIN et LAND MATRIX (GRAIN, 2012 ; LAND MATRIX, 2012). GRAIN a ainsi constitué une base de données de toutes les transactions foncières recensées à partir de publications scientifiques ou d’articles de presse.
LAND MATRIX se base quant à elle sur les données publiées par les états, la littérature et l’appel à contributions individuelles. Un tel travail de recensement des transactions est essentiel pour estimer l’ampleur du phénomène, fournir des données pour les analyses statistiques et orienter les recherches dans ce domaine (Oya, 2013). Mais plusieurs auteurs dénoncent les biais de ces bases de données, qui aboutissent d’ailleurs à des estimations très divergentes, et qui sont basées sur des définitions floues du phénomène d’acquisition foncière, des sources de données et d’information multiples, des choix de cas d’étude subjectifs et des statistiques nationales souvent tronquées (Edelman, 2013 ; Oya, 2013 ; Locher et Sulle, 2014 ).
A cela s’ajoute la difficulté d’obtenir des informations sur le terrain, liée à l’opacité de la majorité des contrats et au refus fréquent des investisseurs de publier certaines données. Il est donc urgent de quantifier l’ampleur de ce phénomène de manière précise et objective. Dans ce contexte, la télédétection offre des perspectives d’application importantes, puisqu’elle permet de détecter et quantifier les changements d’occupation et d’utilisation des terres, de façon « objective », via le traitement des images satellite.
Concernant les questions d’acquisitions foncières, l’usage de la télédétection se limite souvent à décrire et quantifier localement l’emprise d’une agro-industrie (eg. Bourgoin et al., 2016a ; Bourgoin et al., 2016b , Guillouet, 2016 ; Hett et al., 2015 , Jahel, 2014 ) à partir de classifications automatiques ou de photo-interprétation d’images satellite. A notre connaissance, la télédétection n’a encore jamais été utilisée pour détecter et quantifier ces phénomènes à des échelles nationales ou sub-nationales.
Ceci s’explique notamment par la difficulté à rechercher un objet dans d’immenses bases de données d’images (une acquisition foncière à grande échelle) qui n’est pas toujours clairement défini, et dont la traduction sur le terrain peut être très variée en raison de la diversité de l’utilisation des terres acquises (mise ou non en production, avec différentes espèces cultivées, différents niveaux de fertilisation, avec ou sans infrastructures d’irrigation etc.), et de la difficulté à discriminer les terres acquises des terres historiquement cultivées par les agriculteurs (Chouquer, 2011) .
L’objectif de ce projet est de développer une approche permettant la détection et la caractérisation des phénomènes d’acquisition de terre à grande échelle (ATGE) par télédétection satellitaire multi-sources.
Pour cela, après une première étape visant à définir les critères spatiaux-temporels de discrimination des agro-industries, nous proposons d’adopter une approche multi-échelle (Moyenne, Haute et Très Haute Résolutions spatiales : MRS, HRS et THRS) en trois temps :
          (i) à l’échelle nationale, premier filtre de détection des zones potentielles d’ATGE par des agro-industries à partir de séries temporelles d’images MRS (MODIS) disponibles depuis 2000 ;
          (ii) à l’échelle locale, deuxième filtre de détection des zones potentielles d’ATGE à partir des zones candidates identifiées précédemment, à partir de critères paysagers issus d’imagerie HRS (Landsat, Sentinel-2) et comparaison de ces résultats avec la base de données LANDMATRIX,
          (iii) sur les zones détectées, à partir des données satellitaires précédemment citées et de données THRS (SPOT 6/7), caractérisation fine de l’agro-industrie (date d’implantation et de mise en production, surface concernée, intensification, etc.) visant à alimenter les BD existantes.
Enfin, à partir de l’ensemble des données, nous proposons d’initier sur un site test, une analyse d’impact de l’implantation d’une agro-industrie sur le territoire. La méthode sera développée sur le Sénégal, qui connait depuis une dizaine d’années une accélération des acquisitions foncières tournées majoritairement vers les productions agricoles d’exportation et l’activité minière (Harding et al., 2017 ; Bourgoin et al. 2016).
Les pouvoirs publics sénégalais ont en effet entrepris des réformes politiques et institutionnelles qui traduisent une vision du développement rural orientée vers des filières à haute valeur ajoutée et la promotion de l'entrepreneuriat privé agricole. Ces réformes vont dans le sens d’une facilitation de l’implantation de fermes agro-industrielles sur le territoire national. La LAND MATRIX estime à plus de 100 000 hectares les superficies concernées par les transactions foncières entre 2000 et 2016 (Harding et al., 2017).
Le Cirad, en partenariat avec le Bureau d’Analyses Macro-Economiques de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA BAME), a collecté d’importantes données et connaissances sur ces transactions au Sénégal, qui seront mobilisées dans ce projet.
Le Cirad et l’ISRA BAME sont aussi parties prenantes d’un projet de décentralisation de la LAND MATRIX au Sénégal appuyé par la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC), partenaire de VISAGE.
Le projet VISAGE est donc pour l’instant exploratoire, mais répond à un besoin de la communauté scientifique pour mieux comprendre des dynamiques agricoles mondiales actuelles, ce qui donnerait à ses résultats potentiels une visibilité sur le plan scientifique au niveau national (lien avec THEIA et l’ART GEODEV) et international (e.g. GEOGLAM ; ILC-International Land Coalition ).

 

Mots clés : Acquisitions foncières à grande échelle, cartographie
INFOS PROJET

Date de fin de projet :
 2019
Date de fin de projet : 2021
Partenaires/organismes associés :  Cirad- ISRA-ILC
Axe Tetis : AMOS-USIG
Responsable projet TETIS : Camille Jahel
Autres participants TETIS : Valentine Lebourgeois, Agnès Bégué, Audrey Jolivot, Jérémy Bourguoin, Camille Jahel
Pays, région d’étude : Sénégal 
Commanditaire : CNES/TOSCA